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EN ATTENDANT LA RÉSOLUTION
Les droits LGBT: nouvel enjeu international, par Philippe Colomb
Non classé | 09.12.2009 - 11 h 03 | 2 COMMENTAIRES
Illusion d’optique

Le mouvement LGBT international est à la fois bénéficiaire et victime d’une curieuse illusion d’optique : il paraît beaucoup plus important et puissant qu’il ne l’est.

Concrètement, celui ou celle qui commence à s’intéresser à ces questions découvre très vite que les mobilisations LGBT internationales sont organisées par une petite dizaine d’organisations et, au maximum, une cinquantaine de personnes particulièrement actives à travers le monde. La seule organisation LGBT internationale, l’ILGA, n’a jamais eu plus d’une dizaine de salarié-e-s et la crise financière vient de lui réduire encore plus ses moyens. De fait, le mouvement LGBT est un nain organisationnel  comparé aux mouvements de défense des droits des femmes ou de lutte contre le racisme.

Mais ce petit groupe a réussi, notamment en s’appuyant sur les grandes organisations de défense des droits humains, à devenir un acteur incontournable, à la fois craint et écouté au niveau international. D’une certaine façon, on a un peu assisté ces dernières années au niveau mondial au même retournement qu’Eric Fassin a très bien décrit à propos du personnel politique en France dans l’Inversion de la question homosexuelle : nous sommes passés d’une intolérance à l’homosexualité à une intolérance à l’homophobie. Aujourd’hui, les politicien-ne-s se sentent obligé-e-s de prendre toutes les précautions possibles pour ne pas donner le sentiment d’être homophobes ou même simplement indifférent-e-s à l’homophobie. Il est devenu aujourd’hui très difficile à la plupart des Etats de ne pas aborder les questions LGBT (même si, la plupart du temps, le L, le B et le T sont oubliés) et de ne pas répondre aux différentes mobilisations qui sont régulièrement organisées. Aux yeux de beaucoup, le nain a ainsi pris des allures de géant.

Mon propos ici n’est pas d’analyser les raisons (politiques, sociologiques, économiques etc.) qui ont permis au mouvement LGBT de construire cette relative puissance et de se donner ce poids politique, mais plutôt de pointer les limites de cette stratégie très efficace, mais finalement fondée sur une sorte de bluff. Car si le mouvement LGBT a, d’une certaine façon, un pouvoir nettement plus important que son ampleur réelle, sa faiblesse structurelle est en train de montrer ses limites.

Ainsi, par exemple, la mise en place du fonds de concours aux organisations LGBT, annoncé par Rama Yade le 15 mai 2009 au cours de la grande conférence contre les LGBT-phobies organisée à Paris. Considérant l’ampleur (supposée) du mouvement LGBT, la France a proposé la mise en place d’un fonds du même type que ceux qu’elle a mis en place pour soutenir d’autres grandes causes. Pour respecter les normes internationales de transparence, un tel dispositif de soutien financier exigence que différentes organisations soient impliquées dans son fonctionnement et que soit mis en place un conseil de surveillance chargé de veiller à l’absence de conflits d’intérêts et de suivre la bonne mise en œuvre des projets. Tout cela est bel et bon, mais ne peut fonctionner que dans un champ réunissant suffisamment d’acteurs et d’actrices pour permettre un certain pluralisme et avec des organisations capables de s’insérer dans ces mécanismes administratifs lourds. Précisément ce que n’est pas le mouvement LGBT international.

Au cours des discussions avec le ministère des Affaires étrangères, il est donc très vite apparu que l’on nous prenait pour ce que nous ne sommes pas. Ainsi, si l’illusion d’optique nous a été bénéfique jusque là, elle devient maintenant source de redoutables malentendus avec nos partenaires institutionnels. Car comment respecter les règles quand les seul-e-s expert-e-s disponibles et capables d’évaluer les projets sont, inévitablement, plus ou moins parties prenantes de ces projets ? Comment faire quand les agences gouvernementales expliquent qu’elles ne sont pas en capacité de gérer des aides de moins de 50 000 € et qu’aucune association LGBT n’est en capacité de montrer des projet de cette envergure budgétaire ? Taillé en fonction de l’importance politique actuelle des questions LGBT, ce fonds semble finalement un costume trop grand pour les organisations qu’il est censé soutenir.

De mon point de vue, le mouvement LGBT international est donc à un moment crucial de son développement et va devoir rapidement trouver des nouvelles ressources. Porté par l’urgence, l’intelligence et l’énergie de quelqu’un-e-s, il a acquis ces dernières années un vrai poids politique. Mais il doit maintenant assoir ce pouvoir en se structurant,  en se dotant d’organisations capables de vraiment travailler au niveau international et inter-gouvernemental, et se donnant les outils et les moyens nécessaires à la mise en œuvre d’une stratégie de lutte contre les discriminations et de promotion des droits fondamentaux des personnes LGBT.

Alors que, par exemple, la section néerlandaise d’Amnesty International annonce son désengagement des questions LGBT, il devient urgent pour notre mouvement de s’émanciper des organisations de défense des droits humains, qui ont leurs propres contraintes et leurs propres priorités, et de nous doter des moyens de nos ambitions. L’illusion d’optique qui nous a permis de paraître plus puissant-e-s que nous ne l’étions risque maintenant de se retourner contre nous et de créer frustrations et déceptions. Il faut donc vite en sortir et maintenant vraiment remplir le beau costume que nous nous sommes taillé.

Non classé | 15.10.2009 - 08 h 55 | 3 COMMENTAIRES
Tradition

Le Conseil des Droits de l’Homme est perpétuellement traversé de conflits à bas-bruit, accompagnés de subtils retournements d’alliance et de stratégies à plusieurs bandes. Curieusement, à une époque où l’on a tendance à dévaluer la parole politique, ces combats diplomatiques ne sont, le plus souvent, que des querelles de mots. Mais, aux Nations Unies, les mots ont encore leur importance et il est essentiel de toujours rester à l’affut des variations de langage des un-e-s et des autres.

En juin dernier, la Russie a présenté un projet de résolution sur la “Promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales par une meilleure compréhension des valeurs traditionnelles de l’humanité conformément avec le droit international des droits de l’homme”. Evidemment, ici, les mots importants sont “valeurs traditionnelles” et la tentative d’introduire une notion aussi imprécise dans les mécanismes du Conseil.

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Non classé | 22.09.2009 - 10 h 29 | 10 COMMENTAIRES
Révolution

La militance internationale en faveur des droits des personnes LGBT est en train de vivre une révolution. Une révolution au sens propre : un changement brutal de configuration, un retournement de perspective.

Alors que depuis des années, les droits fondamentaux des homos, des bis et des trans semblaient toujours être la dernière préoccupation des gouvernements et des organisations internationales, alors que les militant-e-s avaient pris l’habitude de perpétuellement dénoncer la hiérarchisation des droits que les personnes LGBT subissaient, voilà que la protection de ces droits semble être brutalement passée de la périphérie au centre, du bas de la pile au sommet de l’agenda.

Pour prendre la mesure de cette révolution, on peut revenir sur trois événements des derniers mois : la déclaration pour la dépénalisation à l’ONU, la conférence contre le racisme Durban II et l’attentat de Tel Aviv.

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